« 17 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 233-234 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2369, page consultée le 26 janvier 2026.
17 juillet [1846], vendredi soir, 10 h.
J’ai le cœur gros, mon adoré, parce qu’il m’a paru que tu m’as quittée avec froideur
tantôt. Si c’est parce que j’ai eu la curiosité d’aller voir comment on s’y prenait
pour mouler ce buste pendant que tu étais occupé à travailler, je t’en demande pardon
à genoux, mais je ne pensais pas te déplaire et je me croyais obligée de m’intéresser
à l’ouvrage de ce bon jeune homme1. Cela n’arrivera plus puisque tout est fini, moins une
petite séance de retouches, lundi ou mardi, après laquelle tout sera dit. Maintenant
je reprendrai ma vie de solitude et de tranquillité avec d’autant plus de bonheur
que
j’en ai été privée les dix jours où il m’a fallu poser et causer avec ces braves
gens2. Je désire que tu trouves dans le talent de ce pauvre
diable un motif suffisant pour le recommander et t’intéresser à lui, à cause
d’Eugénie que cela peut servir beaucoup.
Je voudrais que tu saches déjà à quoi t’en tenir à ce sujet et je voudrais surtout
que
tout ton bon vouloir et toute ta bonne grâce retombent en affection et en
reconnaissance sur cette pauvre Eugénie, et se convertissent en un bon mariage (s’il
en est).
Mon Victor chéri, l’heure s’avance et tu ne viens pas. J’espérais
pourtant que tu ne me laisserais pas finir cette lettre et que j’aurais été dans la
douce nécessité de te demander crédit pour jusqu’à demain.
Je vois que je me suis trompée et mon pauvre cœur n’en est que plus triste et plus
serré. Il ne pourra se dilater que lorsque tu seras là et que tu m’auras assurée que
je me suis trompée en croyant avoir vu que tu t’en allais fâché. Tâche que ce soit
bientôt, afin que je souffre moins longtemps et que je te voie un peu plus. D’ici-là
je vais bien te désirer, bien t’aimer et bien te baiser de la pensée et du cœur.
Juliette
1 Victor Vilain est en train de réaliser un buste de Juliette.
2 Pour chaque séance, le sculpteur se rend chez Juliette accompagné par son amante Eugénie Drouet, cousine de Juliette.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
